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MANIFESTE POUR LA RECONNAISSANCE DU BEARNAIS ET DU GASCON

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MANIFESTE

En suspens depuis plusieurs années dans l’attente d’une révision constitutionnelle qui jamais ne vient, le destin des langues dites régionales ou, mieux, minoritaires, va peut-être se jouer dans les mois à venir.

Les langues minoritaires historiques ne menacent ni le français ni la France. Le vrai danger est dans leur reconnaissance chichement mesurée et même, dans certains cas, dans une hostilité qui frise l’interdiction. Il fut un temps où l’on clamait paradoxalement, mais non sans raison profonde, qu’il était « interdit d’interdire ».

On devrait estimer, respecter, aimer de près ou de loin des langues qui se parlent et qui s’écrivent en France depuis des siècles. Elles font effectivement partie du patrimoine national (Article 75-1 de la Constitution), donc de son histoire millénaire. Les nier, c’est non seulement renier cette histoire, mais s’inscrire en marge de la Constitution. Les reconnaître pleinement et les soutenir est, à nos yeux, un devoir national.

Région Aquitaine : le cas du béarnais et du gascon

Il existerait en France métropolitaine une vingtaine de langues régionales au sens courant du terme. L’incertitude quant à leur nombre exact tient en partie au décompte des langues méridionales, dites aussi « langues d’oc » — l’appellation, que l’on doit à Dante, est lourde d’ambiguïté —, par opposition aux langues du nord, ou « langues d’oïl ».

Le débat peut être résumé de manière simple : les langues du sud de la France forment-elles une seule langue, quel que soit le nom qu’on donne à celle-ci, ou bien doivent-elles être reconnues pour ce qu’elles sont réellement, chacune avec sa spécificité linguistique et territoriale ? Elles le sont en principe dans la liste établie par la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France (DGLFLF) en 1999.

Toutefois, le béarnais et le gascon n’y sont pas correctement représentés, du fait de leur inclusion sous la dénomination « langue d’oc ou occitan » (expression utilisée par la DGLFLF). Les conséquences peuvent en être graves à terme. Elles le sont actuellement, si l’on en juge d’après les pratiques dans la région Aquitaine à tous les niveaux. Ces pratiques sont largement discriminatoires à l’égard du béarnais et du gascon, qui ne sont pas soutenus comme ils devraient l’être s’ils étaient traités séparément en tant que langues — et, partant, en tant que cultures — structurellement autonomes.

Cette situation n’est pas acceptable du point de vue historique. Par exemple, dans l’ensemble gascon, le béarnais est écrit depuis le XIe siècle. Au Moyen Âge, c’est la langue officielle d’un État souverain, utilisée comme modèle par ses voisins. Largement employée à l’écrit, y compris dans certains documents administratifs, jusqu’à la Révolution, le béarnais a été parlé dans les campagnes, partiellement dans les villes, jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, et même dans les années 80-90, selon certaines enquêtes.

Cette situation n’est pas acceptable du point de vue linguistique. Depuis le milieu du XIXe siècle, linguistes et sociologues (cf. Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire, 1982) reconnaissent que le béarnais, et plus généralement le gascon, est non seulement une langue romane autonome, au sens génétique du terme, héritière d’un substrat aquitain très ancien, mais aussi une langue à part entière par l’ensemble de ses traits définitoires (phonétiques, lexicaux, morphologiques et surtout syntaxiques), qui la différencient, par exemple, du languedocien et du provençal. Tout parler structuré servant à l’expression culturelle de la pensée et de l’affectivité est une langue.

Pour ce qui est de la spécificité du béarnais et du gascon, il n‘est que de se plonger dans la lecture de ce chef-d’œuvre de Simin Palay qu’est le Dictionnaire du béarnais et du gascon modernes dont on célèbre cette année le 80e anniversaire (Marrimpouey, Pau, 1932), réédité depuis 1961 par le Centre National de la Recherche Scientifique.

Voilà pourquoi, nous, linguistes, sociolinguistes et historiens soussignés, demandons instamment à toutes les femmes et à tous les hommes politiques de veiller à faire inscrire séparément le béarnais et le gascon dans la liste des langues de France établie par la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France

Liste des universitaires signataires du Manifeste

Marie-Stéphane BOURJAC (Université du Sud, Toulon-Var), Jean-Claude CHEVALIER (Université de Paris 8), Raphaëlle COSTA de BEAUREGARD (Université de Toulouse II), Christian DESPLAT (Université de Pau et des Pays de l’Adour), Ahmed EL KALADI (Université d’Artois, Arras), Claude HAGÈGE (Collège de France), Hassan HAMZÉ (Université Lumière, Lyon II), André JOLY (Université de Paris-Sorbonne), Georges KLEIBER (Université de Strasbourg II), Danielle LEEMAN (Université de Paris-Nanterre), Robert MARTIN (Institut, Académie des Inscriptions et Belles Lettres), Bernard MOREUX (Université de Pau et des Pays de l’Adour), Frank NEVEU (Université de Paris-Sorbonne), Dairine NI CHEALLAIGH (Université du Sud, Toulon-Var), Bernard POTTIER (Institut, Académie des Inscriptions et Belles Lettres), Sylviane RÉMY- GIRAUD (Université Lumière, Lyon II), Alain REY (Les Éditions Le Robert), Mario ROSSI (Université d’Aix-Marseille), Daniel ROULLAND (Université de Rennes II), Pierrette VACHON-LHEUREUX (Université Laval, Québec), Henriette WALTER (Université de Rennes II ; École Pratique des Hautes Études, Paris)

Liste des élus signataires du Manifeste (première campagne de signatures arrêtée le 11 novembre 2011)

Maires et/ou adjoints de :
Amou, Angaïs, Araujuzon, Aren, Arudy, Asaux, Audaux, Aydius, Baleix, Bastanès, Bescat, Bielle, Billères-en-Ossau, Bizanos, Boeil Bezing, Bosdarros, Buzy, Castenau-Camblong, Charre, Coarraze, Gelos, Géronce, Géus d’Oloron, Gurs, Haut de Bosdarros, Igon, Jurançon, Laas, Laroin, Lay-Lamidou, Ledeuix, Lagos, Lescar, Lichos, Lourdios-Ichère, Louvie- Juzon, Luccaré, Lucq-de-Béarn, Malaussane, Meritein, Moumour, Mourenx, Nabas, Navarrenx, Ogenne-Camptort, Orin, Pardies, Pardies- Pietat, Poéy d’Oloron, Préchacq-Josbaigt, Rébénacq, Rivehaute, Sainte- Coulome, Saint-Goin, Saint-Laurent-Bretagne, Sauveterre, Sedzère, Serres- Morlaas, Sévignacq-Meyracq, Taron

Conseillers généraux de :
Arzacq, Jurançon, Laruns, Lescar, Navarrenx, Nay-Est, Nay-Ouest, Oloron-Est, Oloron-Ouest, Pau-Sud

Conseillers généraux de :
Arzacq, Jurançon, Laruns, Lescar, Navarrenx, Nay-Est, Nay-Ouest, Oloron-Est, Oloron-Ouest, Pau-Sud

Députés des Pyrénées-Atlantiques :
David Habib, Jean Lassalle, André Mariette (suppléant)

Députés des Pyrénées-Atlantiques :
David Habib, Jean Lassalle, André Mariette (suppléant)

Nous adressons nos vifs remerciements à tous ceux qui ont participé à la collecte des signatures et témoignons en particulier notre reconnaissance envers Pierre Bidau et Maurice Triep-Capdeville (président de l’Institut Béarnais et Gascon) pour leur constant soutien.

Pour lire l’intégralité du volume:

Langues et cultures régionales de France : Béarn et Gascogne (I) 66 | 2012

Sous la direction de André Joly et Jean-Marie Puyau

https://ml.revues.org/279

André Joly © Modèles Linguistiques
novembre 2012

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